Les yeux dans les roues

  • December 9, 2004
    8:00 pm
Église de l’Immaculée-Conception
4201, avenue Papineau (angle Rachel Est)

Claire Marchand and Patrick Wedd perform works by Messiaen, Sciarrino.

Two larger than life performers deliver monumental works, probing the depths of modern Western mysticism. This evening will be an oasis dedicated to contem- plation, listening, and the experience of rapture.

Participants

Programme

Mot du directeur artistique

Les yeux dans les roues…

«Et les jantes des quatre roues étaient remplies d’yeux tout autour. Car l’Esprit de l’être vivant était dans les roues»
(Livre du prophète Ézéchiel 1,18.20)

La flûtiste Claire Marchand n’a pas froid aux yeux. Et ce n’est pas là le signe d’une obstination bête et aveugle. Bien au contraire! Il faudrait plutôt voir dans sa détermination «féroce» la volonté d’aller au bout des choses en nous offrant, ce soir, presque une œuvre complète pour flûte seule, un recueil de plus d’une heure de musique naviguant sur l’étroite ligne qui sépare l’audible de l’inaudible: L’opera per flauto du compositeur italien Salvatore Sciarrino.

Cette «œuvre pour flûte», hautement exigeante pour l’interprète, fourmille de sonorités inusitées évoquant parfois la palette orchestrale, faisant grand usage d’harmoniques, de wistletones, de bruits de clefs, de souffles violents, etc… Bref, un corpus mettant en relief l’immense imagination de Sciarrino et le pouvoir évocateur de sa musique «riche d’images sonores et de suggestions spatiales», comme le propose le compositeur.

Patrick Wedd, pour sa part, a les dix doigts bien occupés et les pieds agiles! Il n’en faut pas moins pour manipuler avec brio les claviers et le pédalier de l’orgue magnifique de l’église de l’Immaculée-Conception, dans les sept pièces constituant le Livre d’Orgue d’Olivier Messiaen et dont la sixième, «Les yeux dans les roues», a donné son titre à ce concert.

En organiste virtuose qu’il fût, Messiaen explore avec une grande maîtrise certains aspects de la métrique hindoue, appliquée à des «personnages» rythmiques évoluant dans un univers coloré, tout imprégné de sa foi religieuse et peuplé de chants d’oiseaux (merle noir, rouge-gorge, grive musicienne, rossignol, mésange charbonnière, pivert, pic-épeiche, fauvette à tête noire…).

Du minuscule tuyau qu’est la flûte à l’énorme 32’ de l’orgue, tout ici est question de «souffle» et de vision intérieure. Des fortissimos tonitruants des grands jeux, aux pianissimos subtils des wistletones, nous serons constamment en état de fragile équilibre, plongés dans l’expression à la fois contenue et passionnée d’une intensité se situant aux extrêmes d’une seule et même réalité, là où se rejoignent l’infiniment grand et l’infiniment petit.

Bon concert!

Walter Boudreau, 33 novembre 2004