voice, clarinet, piano, and two percussions
Commission: Michael and Sonja Koerner, for the University of Toronto
[English translation not available]
Ces chants, convergeant en une commune aimantation, sont issus d’époques et de lieux
éloignés les uns des autres: Ansârî est un mystique musulman afghan du XIème siècle; Etty
Hillesum est une jeune juive néerlandaise morte à Auschwitz en 1943; la castillane
Thérèse D’avila est une des grandes figures chrétiennes du XVIème siècle, tant par ses
écrits que par ses fondations.
Ces trois textes ont d’autre part en commun dans leur forme l’idée d’alternance:
chercher/fuir, se souvenir/oublier, trouver/être trouvé (Ansârî); mort/vie (Hillesum);
toi/Moi (d’Avila). C’est donc la forme même des poèmes qui engendre la musique. Toutefois
elle ajoute ses propres rayons au texte par des tropes (ici parenthèses en commentaires
instrumentaux), par des excroissances issues des mots, par le rythme même de la pensée
poétique: par exemple la force des contraires alternés ainsi que le mot «folie» dans
Ansârî; «une grande vie universelle» chez Hillesum; «toi-Moi» dans d’Avila.
On peut résumer ainsi ces chants:
Ansârî, «Tu es tout et c’est tout»
- Introduction générale sur l’idée même d’alternance: a) sur deux matières, métal
aigu, peau grave / b) sur deux blocs harmoniques.
- Surgissement de la voix par un groupe mélodique de 15 sons sur «anima», qui annonce
le poème de d’Avila: commentaire de la clarinette; groupe de 15 blocs harmoniques aux
percussions et piano.
- Trois versets sur des contraires alternés.
- Quatre affirmations et leurs commentaires.
- Développement de «folie» (car elle fait partie du «TOUT»): hoquet de registres sur
les 15 blocs harmoniques (en miroir, rétrogradés, renversés); trait, rappel de
résonances.
- Coda, en modulations de voyelles (à la tibétaine…)
Etty Hillesum, «… une grande vie universelle…»
En neuf sections:
- Nocturne 1: un silence assourdissant… Désert parsemé de craquements sonores.
- Mélopée en duo avec la clarinette: «Je continuerai à vivre avec cette part du mort
qui a la vie éternelle».
- Nocturne 2.
- Mélopée (suite et élargissement) «… et je ramènerai à la vie ce qui chez les
vivants est déjà mort: ainsi n’y aura-t-il plus que de la vie, une grande vie
universelle…»
- Commentaire de traits fulgurants au piano, avec résonances par sympathie,
vibrations de l’ailleurs.
- Court rappel des craquements.
- Grand Mobile mélodico-harmonique sur «… une grande vie universelle…»
- Courte suite des fulgurances au piano.
- Coda harmonique en miroir, d’une grande douceur: «… Mon Dieu…»
Thérèse d’Avila
En cinq parties:
- Réflexes réciproques alternés entre la voix et la clarinette: jeu d’échange sur
toi-Moi, l’essence du poème.
- Incantation itérative sur un son coloré par les 15 blocs harmoniques du premier
chant, aplatis alternativement sur des pédales inférieures ou supérieures, vers un
commentaire en nouveau hoquet instrumental par registres opposés (droit, rétrograde,
renversé).
- Lent. Hymne sur les deux premiers versets, en mélodie intérieure aux 15 blocs
harmoniques. / Troisième verset: errance ludique en dialogue (voix-clarinette), «…
deci-delà…», issue du matériau mélodique, racine des 15 blocs, développé sur lui-même.
/ Incantation itérative. / Suite de l’hymne, quatrième et cinquième verset.
- Vocalise sur l’interpellation «ME». Rappel des réflexes réciproques alternés
voix-clarinette, mais avec ajout du couple vibraphone cloche-tubes, ponctués par des
fulgurances au piano. / Nouveau commentaire mélodique à la clarinette.
- Dernier verset: suite de l’hymne, mais cette fois ponctuée par des groupes composés
aux claviers. / Coda, en plongée vers l’ailleurs: conjugaison de la résonance et du
souffle. La crotale terminale: comme un point ultime de convergence. Étoile.
Gilles Tremblay [xii-03]