À quelle heure commence le temps? (1999)

Gilles Tremblay (Bernard Lévy, libretto)

bass-baritone, piano solo, and chamber orchestra

Commission: Nouvel ensemble moderne, with support from the CCA

À Lorraine Vaillancourt, chef et fondatrice; à Michel Ducharme, baryton-basse; à Jacques Drouin, pianiste; à Pierrette Gingras, organisatrice; à Bernard Lévy, écrivain, en toute amitié et dialogue fertile; à Hubert Reeves, astrophysicien, pour son émerveillement amical et cette question originelle partagée avec le poète.

[English translation not available]

Le texte entre en résonance.

Le musicien sera davantage frappé par certains mots, certaines idées. Gloses et commentaires, les enchantements s’organisent (comme dans les vocalises et jubilations grégoriennes), installant comme un autre poème, musical, en contrepoint au premier. Une première lecture mettait en relief les moments importants et l’aspect métaphysique de la question: «À quelle heure commence le temps? À quelle heure? À quel instant? À quel premier instant?» Toutefois le drame se révélait au fur et à mesure de la composition, jusqu’aux limites du supportable, comme une immense métaphore de notre époque en traversée de millénaire; une navigation aussi. Au cœur même de cette navigation-poème: naufrage et mort. Toutefois le mot «lumière» y est inscrit («lumière de la mer»), comme un désir indélébile. Il se trouve également en germe dans les éclaboussures lumineuses du prélude instrumental autour du piano, et surtout à la fin, rayon jaillissant, en déferlante épiphanie.

Résumé des grandes sections:

Introduction

Flèche du temps et prélude de navigation, en clapotis éclatants, en mélodies de gouttes, incantation sur le «A» primordial, originel.

Six refrains sur la question

Certains seront variés. Un ralenti ou un accéléré (vers le passé, vers le futur) les annoncent alternés, bidirectionnels dans le présent, dans la flèche du temps.

Six couplets
  1. Récit du navigateur solitaire.
    Transition en scherzo d’exclamations et de claquements.

  2. Récit de la voile, empreinte du vent et de la mer, de verticalité, «d’histoires de tempête ou de calmes infinis».

  3. Récit de la mer, «versatile beauté, fleur létale immense» séduction.

  4. Forces multiples et drame: amour du marin, jalousie du vent, jeu et rire cruel de la mer. Collision des flèches du temps. Naufrage.

  5. Mort. Mosaïque d’instants. Atomisation vers le RIEN, mais persistance de la pensée (remontée). Intermède ludique sur «improbable probabilité». «Espace. Nuit … noire et blanche…» — musique de blocs et d’interstices complémentaires. «Vide, … livide…»

  6. Réflexion (l’âme du marin!). Mémoires et désir de voir le vent. Récit du vent, comme une apparition subite et étrange (en parlando-modules inspiré du P’ansori coréen). La beauté du vent se transforme en horreur despotique. Rappeler du scherzo. Transe hystérique. Violence du refus.

Péroraison

Révolte («grande colère»). Très doux surgissement d’une présence, d’un ailleurs si près d’ici, invisible. «Me reconnaîtras-tu enfin?… C’est moi la lumière… toute la lumière, incantation incluant le latin, le grec, l’arabe et l’hébreu. Mobile de durées physiques. Déferlements. Musique sans fin, vers une émergence hors limite…

Cette œuvre a été commandée par le Nouvel Ensemble Moderne pour célébrer ce passage en un nouveau millénaire, et à l’occasion de son dixième anniversaire.

Gilles Tremblay [xi-99]

Performances