André Duchesne

Jonquière, Québec, 1949

  • Compositeur
  • Interprète (guitare, guitare électrique)
  • Auteur

En mots ou en notes, le rock symphonique d’André Duchesne prend ses souches dans la science-fiction. Celle qui s’infiltre au quotidien et ne se dévoile qu’au fil des ans. Il ouvre la voie. Pendant que le reste de la planète s’adonne au disco vers le milieu des années soixante-dix, il initie le Québec à la musique actuelle; membre fondateur tour à tour du groupe Conventum et d’une des rares étiquettes de disques innovatrices québécoises Ambiances Magnétiques.

Dès le début de sa carrière, il affiche une dent contre les androïdes-muzak, pour notre plus grand plaisir auditif. Sa musique révèle un résidu de rock qui le marginalisera par rapport aux puristes du genre et révélera pourtant les premiers abords de la musique actuelle aux néophytes par son approche plus «populaire» ou «chanson». Dans sa composition, les tripes l’emportent sur l’intellect, et c’est tant mieux. Malgré cela, il compose avec l’exactitude du mathématicien des lignes mélodiques mesmérisantes. Certains de ses riffs sont des machines implacables. Des locomotives (son animal-totem) aux envolées déraillantes. À la fois chansonnier expérimental (Le temps des bombes) tramant des musiques de films (L’ Eau chaude l’eau frette, Bar salon d’André Forcier et tous les films des frères Gagné), chef d’orchestre pour quatuor à cordes de guitares fuzzées (Les 4 guitaristes de l’Apocalypso Bar), accompagnateur de complaintes intemporelles (Maudite mémoire de Michel Faubert) et cowboy multisonique racontant ses voyages à travers l’Altrase (L’ ou ‘L), qui est-il donc?

Puisqu’il faut faire des rapprochements avec d’autres, c’est un Bella Bartók électrifié. Il est de ces compositeurs qui, comme Frank Zappa, traînent un univers conceptuel d’album en album. Un romancier audio, un feuilleton épisodique à suivre de disque en disque. À travers une myriade de styles, ses personnages ont des vies multiples. Sous l’œil de God Economy, bravant tous les inspecteurs Balourx du monde, le numéro 133 (son alter ego) chante les différentes étapes de son périple avec les troubadours du moment. Son père aurait voulu qu’il soit garagiste, et dans son œuvre, les machines de toutes sortes prendront une place prépondérante. Entre cyborgs et robots — ses ennemis jurés — et les trains, locomotives et autres diesels qui méritent ses odes, le mécanisme ne se ressemble point. Certains rouages broient du grain d’éternité. Il fera toujours face à la musique.

Bob L’Aboyeur, 1996