Au centre de mon activité de compositeur se trouve l’idée de considérer le son comme matière à forger. Grain, épaisseur, porosité, brillance, densité, élasticité sont les caractéristiques principales de ces sculptures de sons obtenues par l’amplification, les traitements électroacoustiques mais aussi l’écriture purement instrumentale. Après Professor Bad Trip où les harmonies instrumentales sont comme perçues sous mescaline: saturées, distordues, liquéfiées, il m’a semblé indispensable de poursuivre cette recherche aux limites de la perception en projetant le timbre comme une lumière. Aller au bout de cette hallucination qui rend le son visuel.

An Index of Metals a pour projet de détourner la forme séculaire de l’opéra vers une expérience de perception totale plongeant le spectateur dans une matière incandescente aussi bien lumineuse que sonore; un flux magmatique de sons, de formes et de couleurs, sans autre visée que l’hypnose, la possession et la transe. Rituel laïque à la manière des light shows des années soixante, de la rave party d’aujourd’hui, où l’espace, solidifié par le volume sonore et la saturation visuelle, semble se tordre en mille anamorphoses.

Loin de solliciter uniquement nos capacités analytiques comme l’essentiel de la production contemporaine, An Index of Metals veut s’emparer de notre corps par cette surexposition sensorielle et onirique. An Index of Metals n’est donc pas une nouvelle tentative de renouveler l’opéra en y ajoutant l’image comme adjuvant à la mise en scène; ni une approche strictement multimédia où chaque artiste illustre de son côté une narration commune. C’est le projet tout à fait original de penser conjointement le son et la lumière, la musique et la vidéo, d’utiliser timbres et images comme éléments d’un même continuum soumis aux mêmes transformations informatiques. L’histoire est celle de cette fusion de la perception, de cette perte des repères, de notre corps devenu sans limites dans la fournaise d’une messe des sens. Le texte original de Kenka Lekovich se déforme lui-même passant d’une langue à l’autre. Ma musique (pour soprano et onze instruments amplifiés) développe un timbre impur en contrepoint des interférences colorées de la vidéo de Paolo Pachini et Leonardo Romoli. Trois films autonomes, diffusés sur trois écrans, occupent tout l’espace visuel. Le son s’y projette en taches lumineuses. L’image exploite les mêmes caractéristiques physiques que la musique: irisations, corrosions, déformations plastiques, ruptures, incandescence et solarisation de surfaces métalliques qui révèlent leur nature intimement violente et meurtrière.

An Index of Metals sera cette narration abstraite et violente, épurée de tous les artifices de l’opéra, un rite initiatique d’immersion, une transe lumino-sonore.

Fausto Romitelli [ii-09]

Exécution

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