Cane (2007)

Mauro Lanza

soprano, ensemble, instruments d’enfant et traitement

Il fiume delicatamente si torce.
Bello che sei fiumicino cadaverino.
Ti pescano.
Siedi come un cane.
Amelia Rosselli, Prime prose italiane (1954)

Cane, pour voix de soprano, ensemble, instruments d’enfant et électronique, est la quatrième et dernière œuvre d’un cycle vocal de Mauro Lanza composé sur une sélection de brèves proses poétiques d’Amelia Rosselli (1930-1996), l’une des poètes importantes de la littérature italienne d’après-guerre. Après avoir exploré le potentiel des instruments jouets dans «Barocco» (1998, 1er mouvement) puis l’électronique dans «Erba nera che cresci segno nero tu vivi» (1999-2001, IRCAM, 3e mouvement), le compositeur fusionne, dans «Mare» (2003-2004, 2e mouvement) puis «Cane» (2007, 4e mouvement), instruments jouets, instruments traditionnels et électronique.

Mauro Lanza définit Cane, réalisée dans le cadre de sa résidence Daniel Langlois à l’Université McGill, comme l’épilogue du cycle. «Il en constitue la partie la plus longue et, d’une certaine façon, la moins dotée d’autonomie vis-à-vis des autres mouvements. Cane est dépourvue d’un véritable début: la nouvelle pièce démarre lorsque approche la fin de Erba nera che cresci segno nero tu vivi. Les instruments, tels des parasites, commencent à prendre place dans les passages où l’électronique est moins présente, remplissant ses trous, soulignant ses résonances, puis gagnant progressivement toujours plus d’indépendance. Sur le plan sonore, ce dernier volet diffère des précédents quant à l’hétérogénéité des matériaux le constituant et le feu nourri de leurs échanges. (…) Dans Cane, en effet, les trois ensembles (deux «réels» et un virtuel) évoluent sur un même pied d’égalité et récapitulent, sur un mode resserré, les idées fortes des pièces antérieures. La réexposition d’une idée se fait au gré de changements de rôle en une espèce de jeu d’imitation: l’électronique, uniquement percussive jusque-là, s’attache à simuler, au moyen de la synthèse par modèles physiques, les anches des instruments-jouets ou les couinements des poupées, l’ensemble s’efforce de reproduire des sonorités électroniques, tandis que les jouets, évidemment les moins qualifiés pour ce jeu, tentent vainement d’approcher l’un ou l’autre. De cette «bataille» sortira vainqueur l’ensemble «classique» qui, accompagné une dernière fois par la voix, conclura le cycle en un mouvement lent, presque funèbre, pleurant le fleuve personnifié dont le poème compose ironiquement l’élégie.»

Mauro Lanza [i-06]

Exécution