Éjszaka és Reggel (1955)

György Ligeti

C’est en 1955 que Ligeti compose Éjszaka és Reggel (Nuit et matin), sur des textes du poète hongrois Sándor Weöres (1913-1989). La «nuit» commence timidement avant de s’engager dans une ascension vers un puissant sommet, construit par la répétition presque hypnotique de deux mots, «Rengeteg tövis», c’est-à-dire «innombrables épines». Le rythme se calme ensuite, alors que les dynamiques s’estompent petit à petit. Arrive ensuite le «matin», brillant, marqué par le chant perçant du coq qui annonce l’aurore. Mais celui-ci est bientôt étouffé par l’arrivée concluante du jour qui, étrangement, semble vouloir émettre un avertissement.

Lux aeterna, œuvre phare du répertoire de Ligeti écrite en 1966, est le résultat d’une recherche autour d’une musique harmonique de timbre (klangfarben), dans laquelle le compositeur rompt avec son style précédent, basé fondamentalement sur des clusters chromatiques. Ligeti décrit l’œuvre comme une composition micropolyphonique de 16 voix, à la texture si dense que les lignes se confondent sans heurts: l’oreille ne peut alors que percevoir les harmonies résultantes et les voix diatoniques qui ressortent des canons complexes. L’œuvre commence par une seule note chantée par les sopranos et altos, jusqu’à ce que, graduellement, comme le souligne Paul Griffiths, «la lumière éternelle se répande jusqu’aux autres voix, produisant un nuage harmonique qui, occasionnellement, s’éclaircit pour révéler des accords plus simples: c’est la mémoire de la vie dans l’Au-delà».

Pendant les années 1950, la vie culturelle et politique hongroise était sévèrement surveillée par la doctrine du régime soviétique. Pour éviter de se conformer à l’esthétique prescrite par le réalisme socialiste, certains compositeurs se tournaient vers le folklore hongrois, qui était alors toléré par le régime. C’est ce qu’a fait Ligeti, notamment dans Inaktelki nóták (1953), un des nombreux arrangements de chants folkloriques signés par le compositeur au début des années 1950. L’œuvre est en quatre courts mouvements, le premier et le second étant très énergiques et rythmiques, le troisième, plus lent et sombre, construit sur un contrepoint à deux voix presque primitif, puis le dernier étant la reprise du second.

A Deruchie [traduction française: N Pascal, ii-07]

Exécution