La Vie d’un héros (Tombeau de Vivier) (1999, 2002)

Walter Boudreau

violon solo, percussions et orchestre à cordes

Après la mort tragique de Claude en 1983, j’ai caressé l’idée de lui dédier une œuvre qui serait en quelque sorte un hommage posthume, relatant les points forts de sa vie musicale par le biais d’une sorte de trajet chronologique à travers certaines de ses musiques. Hélas! Les années ont passé, toutes chargées de nombreuses occupations professionnelles et j’ai repoussé pendant seize ans la réalisation de ce projet, même si l’idée continuait de faire son chemin dans mon esprit. Il faut dire aussi qu’à cette époque, nos esthétiques étaient alors passablement éloignées et l’approche essentiellement monodique de Claude ne convenait pas du tout à mes préoccupations formelles. Au fils des ans, j’ai été amené à diriger sa musique à de très nombreuses reprises et j’ai peu à peu appris non seulement à en connaître le génie et les faiblesses, mais surtout à en apprécier toute la grandeur et à l’aimer avec passion. En gros, on pourrait comparer La Vie d’un héros à une sorte d’album de photos de famille: on y voit une série d’instantanés, fixant dans le temps des moments précieux qui ne reviendront jamais. Comme une image vaut mille mots, les photographies peuvent aussi suggérer à notre imagination un tas de choses qui n’y apparaissent pas: l’humeur du moment, les sons et les odeurs, les conversations, etc. Ce pouvoir de suggestion de l’image, qui relève de la magie pure, j’ai donc tenté de le circonscrire musicalement en utilisant la mélodie de Bouchara comme fil conducteur principal. Ce «thème» va circuler à travers d’autres musiques de Vivier, ainsi qu’à travers un choral de Bach: O Haupt voll Blut und Wunden. L’album de photos va donc s’animer: des images modulant d’autres images, les souvenirs s’interpellant, créant ainsi un monde d’impressions fluides, sans cesse en transformation et tout en nuances. Revoyant avec nostalgie cette époque où par moments Claude et moi apparaissons ensemble dans l’image, et par moments seuls, j’ai voulu souligner comment notre soi-disant antagonisme musical n’était qu’une illusion, et qu’au-delà des apparences, nous avons toujours vibré au même diapason.

Walter Boudreau

  • Enregistrement: disponible au bureau de la SMCQ

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