clarinette (et clarinette basse), trois trompettes, trombone, trombone basse, quatre percussions, violon, alto, violoncelle et contrebasse

Commande: SMCQ, avec l’aide du CAC

Un paysage?… Se pourrait-il que les musiques dites «nouvelles» soient en relation plus étroite avec leur contexte que l’on veut bien généralement l’admettre?

J‘écoutais, à l’été 1992, la radio suédoise lors d‘un court séjour dans le sud de ce beau pays qui, incidemment, a des airs de parenté avec le Québec — je parle géographie, pas du «modèle suédois» à la mode dans le discours de nos politiciens des années 1970. Une émission comme je les aime, musique tous genres et styles confondus avec commentaires hautement subjectifs et aucune information sur les oeuvres et les musiciens, si ce n’est à la toute fin. Vint donc une pièce orchestrale que je ne connaissais pas, une pièce de laquelle se dégageait une nette saveur… disons… nordique. Probablement un compositeur suédois, ou finlandais, me dis-je. Mais plus j’écoutais, plus il me semblait y sentir autre chose; comme si ces impressions nordiques nous étaient livrées au travers d’un filtre, un filtre qui les aurait colorées dans une douce nostalgie pudique et l’élégance un peu démodée d’un salon de thé, un salon de thé… victorien, oui c’était cela: un salon de thé où l’on s’échange des cartes postales des pays scandinaves. Je découvris plus tard que l’extrait que j’avais entendu provenait de la Sinfonia Antartica de Vaughan Williams.

Tout cela est tout de même bien curieux…

De retour chez moi à Cologne, je me mis à re-feuilleter ma petite «québéco-mémorablia» portative et je suis resté accroché à quelques définitions bien savoureuses du Dictionnaire de la langue québécoise — celui de Léandre Bergeron s’entend, pas le récent ouvrage de nos complaisants cousins français.

Probablement ai-je trouvé dans ces définitions mes propres «cartes postales» du Québec… Il faut dire que le fait de vivre en bonne partie à l’étranger conduit parfois à vivre le Québec comme par cartes postales interposées… Mais, bien sûr, ma petite tanière en sol teuton n’a cependant que peu à voir avec un salon de thé, fin du parallèle.

Quoi qu‘il en soit, je me suis laissé aller à des échos sonores sur ces «cartes postales» de Léandre.

Musique à programme? Qui sait? Peut-être simplement des «attitudes» envers la matière sonore et ses mille et une façons d’éveiller et de recombiner en nous les échos de notre mémoire…

La pièce est en 5 mouvements:

I- Arrachis (brutal) «Arrachis: arbre arraché dont les racines sont à nu/ensemble d‘arbres déracinés par un ouragan.» (Léandre Bergeron in Dictionnaire de la langue québécoise)

II- Pics et arêtes (très brève transition)

III- Frâsil (lyrique) «Frâsil: petits cristaux de glace flottant à la surface de l‘eau.» (L. Bergeron, idem)

IV- Côtes et coteillages (pour deux souffleurs impénitents) «Coteillage: sentier, route qui serpente.» (L. Bergeron, idem)

V- Valse endémique «Endémie: maladie qui règne habituellement dans un canton… / maladie qui est propre à certains pays.» (in Dictionnaire Littré)

Paysage Qu. est dédié à Michel-Georges Brégent, à sa magnifique et admirable folie et à sa merveilleuse générosité. Son image restera toujours pour moi inséparable de mon petit paysage québécois imaginaire. Ce morceau de musique lui doit beaucoup.

Denys Bouliane, Cologne, 1993

  • Enregistrement: disponible au bureau de la SMCQ

Exécutions

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