Propos sur Rachmaninov (2001)

André Hamel

deux pianos

À Dominique Morel

Je n’ai jamais vraiment été séduit par le concept de l’art qui nous entretient sur l’art. Cela peut avoir un certain intérêt, mais cet intérêt ne dépasse que rarement le cercle privilégié des praticiens. C’est pourtant l’avenue que j’ai décidé d’emprunter ici.

Lorsque Dominique Morel m’a commandé cette œuvre, il n’y avait qu’une seule contrainte. Cela devait porter sur Rachmaninoff. J’aurais d’emblée opté pour l’hommage s’il avait été question de Garant, Ives ou Ligeti, tout autant de compositeurs qui ont eu, à divers niveaux, une influence assez importante sur mon travail, mais Rachmaninoff…

Disons d’entrée de jeu que, jusque-là, la musique de Rachmaninoff ne m’avait jamais vraiment intéressé. Je voyais l’artiste comme un homme qui n’avait pas trop bien compris qu’il ne vivait pas au XIXe siècle et les envolées virtuoses qui caractérisent son œuvre pour piano me laissaient plutôt froid. J’ai donc pris cette commande comme un défi, défi compositionnel d’abord, bien sûr (qu’allais-je donc pouvoir faire pour m’en sortir), mais aussi défi à ma capacité d’ouverture d’esprit. Cependant, une chose était claire pour moi, j’allais faire dans le commentaire.

Après avoir parcouru pratiquement l’intégrale de l’œuvre pour piano de l’aristocrate russe, je dois bien concéder que j’y ai rencontré là quelques belles pages d’humanité. J’ai découvert qu’au delà du pathos et des nombreux passages mielleux dont la musique de Rachmaninoff regorge, émerge à certains moments bénis une émotion authentique qui, à mon sens, touche à quelque chose d’universel et de profond dans l’âme humaine.

Exécution