piano et violon

«s’avance un autre à perte de je / qui s’en fait un collier, un bouquet / vous les tend empruntés de nulle cérémonie.» (Daniel Guénette, Sur ces décombres et floraisons nouvelles, Empiècements, éditions Tryptique, 1985)

Sur ces décombres et floraisons nouvelles (1995), pour violon et piano, est née d’une commande du Duo Olga (Olga Ranzenhofer et Olga Gross) à qui l’œuvre est dédiée. Le titre reprend le premier vers d’un poème de Daniel Guénette. Les vers de ce poète ont déjà inspiré à Isabelle Panneton deux œuvres vocales importantes, À la légère (1985) et Cantate de la fin du jour (1993). La musique qui nous intéresse ici a d’ailleurs été composée dans la foulée d’un travail assidu sur la voix et les mots. La compositrice explique que cette page découle d’un même «goût irrésistible de chanter haut et fort», cette fois dans le contexte d’une œuvre purement instrumentale. Au jeu d’opposition annoncé par le titre (décombres/floraisons nouvelles) et qui se répercute ailleurs dans le poème de Daniel Guénette (voir/cécité, pierres/pluie, amas/bouquet), correspond une succession de moments de tension et de détente, à la fois à l’intérieur des phrases successives et sur le plan de la structure globale de l’œuvre.

Le fil d’Ariane qui parcourt les trois mouvements est la note répétée. Perceptible tout au long de l’œuvre _ quoique dans des formes variées (trémolos, trilles, fragments mélodiques réitérés avec insistance) _, ce geste agit comme repère sonore unificateur, sinon comme élément de signature personnelle de la compositrice (on réécoutera par exemple la ligne de chant de L’âme saule, une œuvre datée de 1994). D’une manière générale, l’écriture instrumentale est très idiomatique et évoque par moments, sans malaise aucun, les sonates pour les mêmes instruments de Debussy et de Bartók. Car il s’agit bien, ici comme chez ces deux illustres prédécesseurs, d’un véritable duo, exigeant une fine communion des deux interprètes. On remarquera à ce propos comment le chant du violon s’inscrit dans les regroupements harmoniques créés par la pédale du piano, soigneusement notée. Les deux partenaires, aux sonorités si dissemblables, se rejoignent souvent sur une même hauteur de son. Cette unanimité dans la différence est particulièrement sensible dans le dernier mouvement; qui nous révèle d’abord un paysage désolé (les décombres?) pour prendre vie peu à peu (les floraisons nouvelles?), avant de s’éteindre calmement, sereinement, dans un silence chargé de sens.

Jusqu’ici la production d’Isabelle Panneton se caractérise par un alliage heureux de poésie lyrique et de concision formelle. On devine que cette partition se tient fermement à l’analyse, que chaque détail joue un rôle précis dans la trame finale. Mais le contrôle absolu de la matière s’efface derrière les élans spontanés de la musique.

  • Enregistrement: CD: SNE 639

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