Treppenmusik (1982)

John Rea

quatuor à cordes, quatuor de saxophones, clarinette en mi bémol (clarinette en si bémol), deux clarinettes basses et délai

Commande: SMCQ, avec l’aide du CAC

Création: 7 octobre 1982, Concert 138, Salle Pollack — Université McGill (Montréal, Québec)

Treppenmusik (musique dans l’escalier) est le mot allemand qui qualifie Siegfried Idyll  de Wagner. En effet, la première exécution de cette œuvre, cadeau de Noël du grand maître pour son épouse Cosima, eut lieu dans l’escalier de Wahnfried, une des villas de Wagner. Dans ma composition, toutefois, ce titre fait allusion aux escaliers paradoxaux — montées et descentes vers quelque part/nulle part — ainsi qu’aux autres boucles étranges figurant dans les gravures et lithographies de l’artiste hollandais Maurits Cornelis Escher (1898-1972). Par ses expériences avec la perspective et les agencements en mosaïque, Escher a réuni dans son œuvre symétries, répétitions à caractère canonique, métamorphoses, mutation du familier en fantastique — techniques et principes de base qui subissent également l’influence des mathématiques. Il semble véritablement avoir créé par ses formes irrésistibles un autre univers de sensibilité régi par sa propre mécanique céleste, aussi impossible soit-elle. Comme l’écrivait mon ami Claude Vivier dans un article intitulé Pour Gödel (1982): « Le temps est un espace à géométrie variable. Les différents plans se côtoient, se pénètrent et se transforment suivant les règles merveilleuses de la mécanique céleste… La musique engendre la magie du temps dans la vie humaine. Pour quelques courts instants, l’être humain transgresse le grand ordre de la mécanique céleste… C’est ainsi que l’humain construisit ses machines à voyager dans le temps: la musique ». Treppenmusik est ma propre machine à voyager dans le temps, à l’intérieur d’un monde selon Escher.

John Rea

  • Enregistrement: CD: Centredisques WRC8 6807

Exécutions