orchestre

Le titre Voice Tears réfère au déchirement ou au geste de déchirer et à l’action de pleurer. Des arpèges d’une large tessiture orchestrale prédominent dans l’œuvre et peuvent être entendus métaphoriquement comme une déchirure du son de haut en bas exécutée par l’orchestre. Ce geste est aussi une métaphore poétique du pleur des voix de l’orchestre et est représenté de façon évidente par les multiples sections «lamentations» de la pièce.

En accord avec bon nombre de mes pièces de ses dernières années, Voice Tears est basée sur l’utilisation d’un nombre limité de sonorités harmoniques. Deux accords symétriques très espacés amorcent la pièce, suivis d’une série d’accords en croches qui se transforme, dans plusieurs parties de la pièce, en séries de mélodies en forme d’arche, au moyen d’arpèges et de procédés isorythmiques. Ces sonorités apparaissent tout au long de l’œuvre, soit dans une orchestration facilement reconnaissable, ou utilisées comme une ressource harmonique et mélodique supplémentaire.

Une texture contrapuntique sinueuse, tirée des voix intérieures des deux accords symétriques de l’ouverture, fournit un leitmotiv à peine audible pour la première section arpégée. Cette texture est, par la suite, mise en évidence par les cordes inférieures et supérieures. Un échange alterné entre les cordes, en des orchestrations variées des huit sonorités principales et le rappel de l’orchestre produisent un contraste exubérant et frénétique à une bonne partie de l’œuvre. Les styles exubérants et arpégés fusionnent éventuellement pour mener à une partie plus méditative servant de transition à un retour varié de la texture arpégée initiale, et, ultérieurement, à une brève coda.

Bien que l’aspect mélodique ne soit pas essentiel dans Voice Tears, une brève mélodie ascendante, jouée par le hautbois, la trompette et le violon solo, apparaît pour la première fois au début et réapparaît, virtuellement inchangée, dans plusieurs sections fournissant ainsi un élément de continuité. Ce fragment mélodique contribue à créer un sentiment de nostalgie statique, un souvenir précieux ou une voix résistant au changement.

La lamentation inhérente à l’œuvre est, à bien des égards, une réaction à la musique du XXe siècle. En achevant l’écriture de cette œuvre, je m’aperçois que le XXe siècle s’achève également, et je suis accablé par un sentiment profond de désorientation. La musique provocatrice et parfois difficile de la deuxième moitié de ce siècle — un siècle durant lequel j’ai vécu la moitié de ma vie, un siècle durant lequel je me suis délecté des découvertes et des innovations audacieuses de mes collègues compositeurs — est maintenant une musique du passé. Sera-t-elle encore davantage évitée par les interprètes, les organisateurs de concerts et les auditeurs, puisqu’elle passe d’un état de fait historique versus une fiction? Quelles œuvres et quels compositeurs des 50 dernières années seront encore connus dans 50 ans?

Voice Tears est un hommage aux compositeurs et à la musique du XXe siècle.

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