Hozhro (1991-2008)

Michel Gonneville (Pierre Dansereau, Michel Gonneville, livret)

soprano, saxophone soprano et quatuor à cordes

La cantate scénique est dédiée à la mémoire de Jean-Pierre Perreault et pour rendre hommage à Pierre Dansereau. Ce spectacle multidisciplinaire n’aurait pu être réalisé sans le partenariat essentiel du Quatuor Bozzini, de Hexagram-UQAM, du Festival Montréal Nouvelles Musiques, du Conservatoire de musique de Montréal, de la compagnie Le Carré des Lombes, sans l’appui de Mmes Anne-Marie Messier et Nicole Charbonneau qui ont contribué à monter le projet, et sans le soutien financier inappréciable du Conseil des Arts et des Lettres du Québec, du Conseil des Arts de Montréal, du Conseil des Arts du Canada et celui de nos généreux donateurs.

  • 1. Manifeste
  • 2. Manifeste: suite (paliers d’écosystèmes)
  • 3. 8 mots d’ordre sur un constat
  • 4. Les forces qui contrarient
  • 5. Tremblement de tente
  • 6. Restes de slogans
  • 7. Phrases décousues
  • 8. Entrée dans le sommeil
  • 9. Re-synchronisation
  • 10. Le shaman et l’âme
  • 11. Duo à pas lents
  • 12. Solfège
  • 13. Île arc-en-ciel (avec shaman, oiseaux et carillon)
  • 14. Île arc-en-ciel 2
  • 15. Réveil

Origine

Hozhro est d’abord une cantate scénique terminée en 2003. Elle est une amplification de la musique que j’avais conçue en 1991 pour la chorégraphie Îles du regretté Jean-Pierre Perreault. Composées à l’origine principalement pour un orgue microtonal auquel s’ajoutait à la toute fin une voix de femme, les 45 minutes de cette musique «pour la danse» sont maintenant devenues une œuvre autonome d’une heure où la contribution de la voix est maintenant celle d’un personnage à part entière, entouré d’un saxophone soprano, d’un quatuor à cordes et de sons préenregistrés. C’est la conviction de cette autonomie possible qui a soutenu le travail sur cette œuvre. C’est aussi la lecture des polars ethnologiques de Tony Hillerman, situés en réserve navajo, de même que celle des textes de l’écologiste québécois Pierre Dansereau, qui ont contribué à la conjonction du donné musical original avec ce qui est devenu la thématique dramatique de Hozhro, qui pourrait faire penser à un rituel amérindien (la «tente tremblante») ou à un manifeste écologiste. Mais le véritable «sujet» est ailleurs.

Thématique

Dans Hozhro (harmonie, beauté, en navajo), la musique et les mots veulent évoquer le parcours d’une femme, hantée par la crise écologique, et qui cherche à retrouver l’harmonie intérieure nécessaire à toute action sur le monde. Le personnage livre au début un texte-manifeste qui expose les besoins et droits de l’individu, de la société voire de la planète entière. Il mesure avec angoisse sa petitesse et fuit son impatience et l’indignation qu’il peut ressentir devant les forces qui contrarient la satisfaction de ces besoins et le respect de ces droits. Ce thème est magnifiquement synthétisé par les textes de Pierre Dansereau. Puis la protagoniste entre en elle-même, et à travers les mots du compositeur, s’enfonce dans le sommeil, le rêve et dans une poésie mystérieuse, à la fois abstraite et sensuelle jusqu’à la pure sonorité de syllabes intimement liées à la musique qu’elle chantera vers la fin l’œuvre. De cette fuite, paradoxalement, elle reviendra «ré-harmonisée» et prête à reprendre son rôle. La musique est construite pour suggérer, se mouler aux étapes de ce parcours. Le rapport entre le personnage et sa conscience peut se suivre dans les rapports entre la voix (tour à tour parlée, parlée-rythmée puis chantée) et un orgue microtonal préenregistré, donc invisible, parfois large comme une cathédrale. Le saxophone soprano et le quatuor, pour leur part, sont comme la voix et le corps, respectivement, d’un accompagnateur (un shaman? un prêtre?) qui provoque, se moque, observe, soutient, enrichit cet itinéraire intérieur, jusqu’à faire entrer en jeu la nature elle-même, incarnée par le chant de multiples oiseaux.

Expansion

Hozhro est maintenant un spectacle multidisciplinaire où les concepteurs que j’ai réunis — le vidéaste Mario Côté, la chorégraphe Danièle Desnoyers, le concepteur lumière Jean Gervais et l’architecte Pierre Thibault — se sont approprié la matière musicale, textuelle et thématique de la cantate scénique pour approfondir la vision qu’elles suscitent chez eux et pour créer une proposition artistique globale où chaque discipline puisse développer ses propres termes et nécessités et déployer ses moyens pour solliciter chez le spectateur le don de sa disponibilité. Le choix du lieu de la représentation (la Fonderie Darling, lieu industriel désaffecté), en forte tension avec la thématique de la cantate, a été fondamental dans la démarche créatrice. Collaborateurs de longue date avec moi ou entre eux, ces concepteurs, tout autant que les interprètes, ont témoigné une fidélité et une implication à l’égard de ce projet qui m’ont beaucoup touché. Qu’ils en soient ici tous remerciés chaleureusement.

Michel Gonneville [xii-08]

Exécution