Sans Tshakapesh et les péripéties de sa vie sans pareille, nous ne connaîtrions pas de distinction entre animaux sauvages et domestiques; le lichen poussant dans les arbres de la basse Côte-Nord, l’usnée, n’existerait simplement pas, et la guerre non plus; aussi nos jointures et articulations sont-elles l’œuvre de la force (peut-être plus qu’herculéenne!) de Tshakapesh…

Les sept épisodes du mythe fondateur que vous entendrez à l’instant, et qui est connu de la Terre de Feu jusqu’à la Terre de Baffin, ont été sélectionnés par Marie Pelletier dans le lot des nombreuses versions récoltées par l’anthropologue Madeleine Lefebvre, dans les années 1960, auprès de sept conteurs unilingues innus.

Allier la musique aux faits et gestes de Tshakapesh, c’est pour Marie Pelletier donner une métaphore du mythe. Que ce soit par alternance ou par imbrication avec la parole du conteur, les voix et les percussions nous placent au centre de l’environnement mythique devenu audible. Littéralement, l’auditeur se voit constellé par le récit, les musiciens étant disposés tout autour du public. Ainsi nous retrouvons-nous en forêt — entourés d’arbres qui reçoivent le toucher des vents et la visite des oiseaux —, témoins des états d’âme et des actes résolus de Tshakapesh, sous la pluie ou le soleil ardent.

Outre une telle spatialisation, le métissage de types d’écriture est essentiel à la démarche de composition chez Marie Pelletier. Ainsi se rencontrent dans Tshakapesh graphisme musical, improvisation dirigée, mais aussi des éléments d’écriture traditionnelle. Les interprètes de Tactus, sous la direction dynamique et inspirée de François A Ouimet, se prêtent convivialement à cette expérience musicale bien particulière, où les difficultés rythmiques n’ont d’égales que la grandeur, la force et l’intrépidité de Tshakapesh, auxquelles nous participons un peu malgré nous. Par la vertu de la musique…

Ce projet est né d’une rencontre fortuite entre Marie Pelletier et moi. Alors que nos enfants fréquentaient la même école, j’ai pressé quelquefois Marie, dont j’aime beaucoup les compositions, d’écrire plus de musique chorale. Cela l’a motivée à terminer l’écriture de Tshakapesh. Quelques années plus tard, nos enfants sont pas mal plus grands, et voici le projet devenu réalité. Quel plaisir de vous présenter cette œuvre à la fois mystérieuse et pleine d’humour! Laissez-vous bercer par la voix du conteur, et découvrez le monde de Tshakapesh, cet enfant-homme qui nous a tous mis au monde…

François A Ouimet — Directeur artistique [ii-09]

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Exécution

Page oeuvre@24877 générée à Montréal par litk 0.600 le lundi 14 avril 2014. Conception et mise à jour: DIM.